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Le Pouvoir des Fables (Jean de La Fontaine)

The Power of Fable Le Pouvoir des Fables
Frederick Colin Tilney Jean de La Fontaine
English French

In the old, vain, and fickle city of Athens, an orator, seeing how the light-hearted citizens were blind to certain dangers which threatened the state, presented himself before the tribune, and there sought, by the very tyranny of his forceful eloquence, to move the heart of the republic towards a sense of the common welfare.

But the people neither heard nor heeded. Then the orator had recourse to more urgent arguments and stronger metaphors, potent enough to touch hearts of stone. He spoke in thunders that might have raised the dead; but his words were carried away on the wind. The beast of many heads did not deign to hear the launching of these thunderbolts. It was engrossed in something quite different. A fight between two urchins was what the crowd found so engaging; not the orator's warnings.

What then did the speaker do? He tried another plan. "Ceres," he began, "made a voyage one day with an eel and a swallow. After a time the three travellers were stopped by a river. This the eel got over by swimming and the swallow by flying——"

"Well! what about Ceres? What did she do?" cried the crowd with one voice.

"She did what she did!" retorted the speaker in anger. "But first she raged against you. What! Does it take a child's story to open your ears, you who should be eager for any news of the peril that menaces; you, the only state in Greece that takes no heed? You ask what Ceres did. Why do you not ask what Philip does?"

At this reproach the assembly was stirred. A mere fable brought them open-eared to all the orator would say.

We are all Athenians in this respect. I myself am, even as I point this moral. I should take the utmost pleasure now in hearing "The Ass's Skin" told to me. The world is old, they say: so it is; but, nevertheless, it is as greedy of amusement as a child.

A M. De Barillon

La qualité d'Ambassadeur
Peut-elle s'abaisser à des contes vulgaires ?
Vous puis-je offrir mes vers et leurs grâces légères ?
S'ils osent quelquefois prendre un air de grandeur,
Seront-ils point traités par vous de téméraires ?
Vous avez bien d'autres affaires
A démêler que les débats
Du Lapin et de la Belette.
Lisez-les, ne les lisez pas ;
Mais empêchez qu'on ne nous mette
Toute l'Europe sur les bras.
Que de mille endroits de la terre
Il nous vienne des ennemis,
J'y consens ; mais que l'Angleterre
Veuille que nos deux Rois se lassent d'être amis,
J'ai peine à digérer la chose.
N'est-il point encor temps que Louis se repose ?
Quel autre Hercule enfin ne se trouverait las
De combattre cette Hydre ? et faut-il qu'elle oppose
Une nouvelle tête aux efforts de son bras ?
Si votre esprit plein de souplesse,
Par éloquence, et par adresse,
Peut adoucir les coeurs, et détourner ce coup,
Je vous sacrifierai cent moutons ; c'est beaucoup
Pour un habitant du Parnasse.
Cependant faites-moi la grâce
De prendre en don ce peu d'encens.
Prenez en gré mes voeux ardents,
Et le récit en vers qu'ici je vous dédie.
Son sujet vous convient ; je n'en dirai pas plus :
Sur les Eloges que l'Envie
Doit avouer qui vous sont dus,
Vous ne voulez pas qu'on appuie.

Dans Athène autrefois peuple vain et léger,
Un Orateur voyant sa patrie en danger,
Courut à la Tribune ; et d'un art tyrannique,
Voulant forcer les coeurs dans une république,
Il parla fortement sur le commun salut.
On ne l'écoutait pas : l'Orateur recourut
A ces figures violentes
Qui savent exciter les âmes les plus lentes.
Il fit parler les morts, tonna, dit ce qu'il put.
Le vent emporta tout ; personne ne s'émut.
L'animal aux têtes frivoles
Etant fait à ces traits, ne daignait l'écouter.
Tous regardaient ailleurs : il en vit s'arrêter
A des combats d'enfants, et point à ses paroles.
Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour.
Cérès, commença-t-il, faisait voyage un jour
Avec l'Anguille et l'Hirondelle :
Un fleuve les arrête ; et l'Anguille en nageant,
Comme l'Hirondelle en volant,
Le traversa bientôt. L'assemblée à l'instant
Cria tout d'une voix : Et Cérès, que fit-elle ?
- Ce qu'elle fit ? un prompt courroux
L'anima d'abord contre vous.
Quoi, de contes d'enfants son peuple s'embarrasse !
Et du péril qui le menace
Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet !
Que ne demandez-vous ce que Philippe fait ?
A ce reproche l'assemblée,
Par l'Apologue réveillée,
Se donne entière à l'Orateur :
Un trait de Fable en eut l'honneur.
Nous sommes tous d'Athène en ce point ; et moi-même,
Au moment que je fais cette moralité,
Si Peau d'âne m'était conté,
J'y prendrais un plaisir extrême,
Le monde est vieux, dit-on : je le crois, cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant.